I hate you !

Author:
Emmanuel Roche
Published:
February 15, 2026
Reading Time:
04 min

Ce message n’aurait jamais été « envoyé » en face à face.

Plus j’observe notre époque, plus je me dis que la crise n’est pas politique, mais communicationnelle.

Alors comment réussir à communiquer ensemble, aujourd’hui ?


Ça paraît presque impossible.

Comment réussir à parler à l’autre, vraiment, quand tout nous pousse à parler contre lui ?

Nous vivons une époque où l’écoute recule au profit de l’accusation, de l’indignation systématique — et maintenant, de la dénonciation.

Le dialogue commence rarement par une question, mais presque toujours par un procès d’intention.
Le niveau de polarisation est extrême. Je ne pense pas qu’il ait été un jour si élevé.

Les positions se durcissent.
Les camps se figent.

Et l’attaque est désormais perçue comme une preuve d’engagement.
Ça, c’est dangereux.

Il y a là quelque chose de profondément préoccupant.
Un parfum de retour au maccarthysme, version contemporaine.

Les attaques ne viennent plus d’un seul camp : elles viennent de partout.

Aujourd’hui, deux pôles idéologiquement opposés peuvent considérer qu’un même propos trahit leurs valeurs — preuve que le problème n’est plus tant ce qui est dit… que la manière dont c’est interprété.

On parle beaucoup de shitstorm.
Mais qu’est-ce que c’est réellement ?

Une tempête d’indignation, très nourrie sur les réseaux sociaux — beaucoup moins dans la vraie vie.

On fait les malins, mais lorsqu’il s’agit de prendre la parole en vrai, « en face à face », c’est plus compliqué.

Parce que les réseaux permettent ce que la réalité empêche :

  • l’absence de regard
  • l’absence de nuance
  • et surtout : l’absence de conséquences immédiates

« Nous sommes entrés dans un temps où l’on s’attaque aux ponts » — Delphine Horvilleur.

Celles et ceux qui tentent de relier, de nuancer, de travailler ensemble deviennent suspects.
Comprendre l’autre est perçu comme une faiblesse.
Dialoguer, comme une compromission.

Or communiquer, ce n’est pas imposer sa langue.
C’est apprendre celle de l’autre.
C’est accepter de se déplacer intérieurement, même brièvement.

Les sciences du langage et la sémiologie l’ont montré depuis longtemps : nous ne recevons jamais un message de manière neutre.

Nous l’interprétons toujours à travers des cadres culturels, émotionnels, idéologiques — des filtres invisibles qui façonnent ce que nous voyons, ce que nous entendons, et ce que nous comprenons.

Relisons Roland Barthes et Paul Ricoeur.

Le problème n’est pas d’avoir une vérité.
Le problème est d’oublier que l’autre en porte une aussi.

Oui, d’une certaine manière, la vérité est partout.
Mais il existe une vérité supérieure, trop souvent négligée : celle de la paix.

Et ceux qui ne veulent pas la paix commencent toujours par refuser le dialogue.

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